
ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE DARROUSSIN
Comment a commencé pour vous l’aventure LES GRANDES PERSONNES ?
J'ai reçu le scénario, puis j'ai rencontré Anna Novion très rapidement car la lecture du scénario m'a immédiatement convaincu d'accepter le rôle. Pour moi, il était impossible que le film ne se fasse pas. L'histoire était juste, séduisante, donc évidente, et le fait que cela se passe en Suède apportait quelque chose en plus, une certaine originalité, des paysages différents, inhabituels dans le cinéma français.
Vous connaissiez la Suède ?
Oui.
Qu'est-ce que tourner là-bas apportait au film ?
D'abord de la lumière. C'est un pays qui permet quand même de tourner un coucher de soleil pendant quatre heures de suite ! Et avoir quatre heures de coucher de soleil, j’imagine que pour beaucoup de chefs opérateurs, c'est un paradis. Tourner en Suède a apporté aussi un isolement, une petite identité française qui s'inscrit dans un paysage dans lequel on n'est pas habitués à voir évoluer les comédiens français. Il y a d'autres couleurs, une autre architecture, d'autres matières, des bois qui ne sont pas peints de la même façon... des arbres inconnus, une relation à la mer différente.
Avez-vous fait comme votre personnage, vous êtes-vous promené dans l'île sur laquelle vous tourniez ?
Je m'étais effectivement débrouillé pour me balader un petit peu dans cette région faite d'une multitude de petites îles. Il y a deskilomètres et des kilomètres de côtes.
Vous avez déjà incarné le rôle d'un père qui élève seul ses enfants dans QUI PLUME LA LUNE ?... de Christine Carrière. Vous y avez pensé pour incarner Albert, le père célibataire des GRANDES PERSONNES ?
Albert n'a pas la même énergie, il n'a pas le même moteur que le personnage de QUI PLUME LA LUNE ?... Ce n'est pas un dépressif hystérique chronique. Albert est beaucoup plus sentimental, c'est un doux, un tendre, un rêveur. Moi il me faisait penser à un vieux garçon. D'ailleurs je dois avoir moi aussi un côté vieux garçon.Par exemple, j'ai toujours été attiré par l'Histoire dans ma vie. Je traîne comme ça un espèce de vieux fantasme, j'aurais aimé être professeur d'Histoire. Et pour Albert, j'ai pensé à ces professeurs d'Histoire de mon enfance un petit peu désuets, plongés dans le passé, dans le classement des choses. J'ai, pour cette raison, de la tendresse pour ce personnage.
Est-ce que l'expression « illuminé méthodique » définirait bien votre personnage ?
Ça me va. C'est quelqu'un qui est tout en attitudes, qui s'est réfugié derrière une codification d'éducation, et de comportements qui leprotègent, qui forment une espèce d'armure. C'est un être qui n'a plus de naturel.
Quelqu'un qui parle beaucoup par citations aussi.
Oui. Curieusement, il doit jouer son rôle de père et, évidemment, il est un père, mais un père immature, qui n'a pas totalement son autonomie de pensée. Sa pensée est faite de références culturelles. Il travaille d'ailleurs à la Bibliothèque Nationale et donc j'imagine qu'il s'est construit un univers où les choses doivent être bien rangées, bien classées.
Le personnage joué par Judith Henry le définit dans le film comme « quelqu'un qui accepte très mal son corps ». Vous le sentiez comme cela aussi ?
Oui, et c'est plutôt agréable de jouer un type coincé.
Comment joue-t-on « un type coincé » ?
On essaie d'être en permanence engoncé dans ses vêtements. On manque de précision dans ses gestes. Albert porte en lui quelque chose de gauche, et pas seulement physiquement. Il parle parfois trop fort. Il n'est pas fin, pas toujours délicat. Il a des travers dans sa manière de s'habiller et d'être.
Mais il est aimé.
Oui et c'est pour ça qu'il ne fallait pas le caricaturer. Il devait être émouvant. Il devait avoir des avoir des défauts qui se retrouvent un peu chez tout le monde. Il ne fallait pas qu'on le prenne en pitié mais qu'on comprenne son malaise, sa fuite en avant, son côté un petit peu obscène aussi dans sa façon de se mettre à raconter des histoires qui n'intéressent personne. C'est un personnage qui pourrait être un « fâcheux », quelqu'un dont on pourrait se détourner assez vite parce qu'il va s'obstiner à vous poursuivre avec ses obsessions. Il était donc indispensable que ce personnage-là garde de la fraîcheur et de l'enthousiasme de façon à ce qu'on ne puisse pas se détourner de lui, qu'on puisse même n'être qu'attendri par la façon dont il se débat. Parce qu'au fond il cherche à bien faire, il est totalement sincère, il n'y a aucune malice chez lui.
Votre jeu pour incarner ce personnage était-il le même quels que soient les partenaires en face de vous ?
Oui, car mon personnage n'est pas du tout quelqu'un de tortueux. Il est toujours le même quelle que soit la personne avec laquelle il dialogue. Il est très franc. C'est même un « couillon » sincère. Les choses le dépassent un peu. Les événements et les émotions le traversent et il ne comprend pas totalement de quoi ils sont faits. Il se trouve vite débordé par les circonstances, il est déstabilisé. Ses efforts pour rester masqué sont de plus en plus vains. Sa fille lui échappe, et son univers est d'autant plus mis à mal qu'il est éloigné de ses repères quotidiens puisqu'il est en vacances à l'étranger.
Des vacances qui ont du bon ?
Exactement. Les vacances sont un moment de latence, un moment qui montre à mon personnage qu'il ne peut plus continuer à vivre comme il l'a toujours fait. Et le fait que cela se passe en Suède est propice pour Albert à se laisser submerger par des choses auxquelles il n'aurait pas le temps de prêter attention en temps normal, comme le fait par exemple que sa fille n'est plus une enfant. Car il s'est forgé des convictions, c'est quelqu'un qui est surinvesti du fait de combler à lui seul l'absence de la mère de sa fille. Le film se passe au moment où tout cet investissement extrême doit se calmer.
Et le sentiment d'isolement particulier que procure le fait d'être à l'étranger aide-t-il spécialement à trouver ce calme ?
C'est curieux mais la Suède donne assez rapidement un sentiment de sérénité. On ressent un relâchement possible parce que c'est un pays qui a accepté depuis longtemps de ne « pas être dans la compétition ». C'est un pays qui sait qu'il ne sera jamais décisif sur le plan mondial. Donc les Suédois ne ressentent pas le poids du destin du monde, comme on pourrait vouloir le ressentir en France par exemple, même si c'est illusoire. Les Suédois, eux, sont des gens qui ont des potentialités mais qui en « gardent sous le pied ». Ils ont des grosses voitures très puissantes mais ils roulent tout doucement. Ils sont assez adultes. Ils sont profondément à leur place. C'est très apaisant de se trouver tout à coup confronté à ce rythme, à cette énergie-là. Je le ressentais quand je jouais, je me sentais très calme, très bien. J'ai aussi tout à fait conscience que l'on était dans un endroit privilégié de la Suède.
Quel regard avait Anna Novion sur le plateau pour sa première réalisation ?
D'abord un regard très enthousiaste, elle restait sans cesse émerveillée par la possibilité qui lui était offerte de « rencontrer » sur un plateau de cinéma l'histoire qu'elle avait écrite. Il n'y avait absolument rien de blasé chez elle. Au contraire, il y avait quelque chose de fébrile, une vraie force qui lui permettait de dépasser tous les moments de doute, de dépression et de solitude que l'on rencontre lorsqu'on est metteur en scène. C'est quelqu'un qui, au contraire, entraînait tout le monde dans et vers la joie.
Dernière question : avez-vous appris à vous servir d'un détecteur de métaux pour le film ?
Oui. En même temps, ce n'est pas très compliqué. C'est moins compliqué que de ramer sur un kayak en pleine mer car le kayak, ça n'a aucune stabilité !
AUTEUR
REALISATEUR
C'EST TROP CON (1993 - cour-métrage)
LE PRESSENTIMENT (2006 - long métrage d'aprés le roman d'Emmanuel Boye)
FILMOGRAPHIE,
QUELQUES REPERES
Jean-Pierre Darroussin a tourné avec Robert Guédiguian dans : KI LO SA ?, DIEU VOMIT LES TIÈDES, À LA VIE, À LA MORT !, MARIUS ET JEANNETTE, À LA PLACE DU COEUR, À L’ATTAQUE !, LA VILLE EST TRANQUILLE, MARIE-JO ET SES 2 AMOURS, MON PÈRE EST INGÉNIEUR, LE VOYAGE EN ARMÉNIE, LADY JANE et prochainement dans L’ARMÉE DU CRIME.
Avec Cédric Klapisch dans RIEN DU TOUT et UN AIR DE FAMILLE, avec Jeanne Labrune dans SI JE T’AIME, PRENDS GARDE À TOI, ÇA IRA MIEUX DEMAIN, C’EST LE BOUQUET et CAUSE TOUJOURS, avec Marc Esposito dans LE COEUR DES HOMMES, TOUTE LA BEAUTÉ DU MONDE et LE COEUR DES HOMMES 2, avec Guillaume Nicloux dans LE POULPE et UNE AFFAIRE PRIVÉE, avec Gérard Gitton et Michel Munz dans AH ! SI J’ÉTAIS RICHE et LE CACTUS, avec Bertrand Blier dans MON HOMME et COMBIEN TU M’AIMES ?.
On a également pu le voir dans ON CONNAIT LA CHANSON de Alain Resnais, QUI PLUME LA LUNE ?... de Christine Carrière, C’EST QUOI LA VIE ? de François Dupeyron, LA BÛCHE de Danièle Thompson, FEUX ROUGES de Cédric Kahn, UN LONG DIMANCHE DE FIANÇAILLES de Jean-Pierre Jeunet, SAINT-JACQUES-LA MECQUE de Coline Serreau,J’ATTENDS QUELQU’UN de Jérôme Bonnell, DIALOGUE AVEC MON JARDINIER de Jean Becker, LE VOYAGE AUX PYRÉNÉES de Arnaud et Jean-Marie Larrieu.
Au théâtre, Jean-Pierre Darroussin a joué sous la direction de metteurs en scène tels que : Pierre Pradinas (« Babylone » et « Place de Breteuil » de Alain Gautré, « La Mouette » de Tchékov, « Gevrey Chambertin » et « Les Amis de monsieur gazon », écriture collective compagnie du chapeau rouge), Jacques Seiler (« La Maison d’os » de Rolland Dubillard), Andréas Voutsinas (« Le Secret » de Henri Bernstein), Jean Bouchaud (« Entrevue au parloir » de Fernand Seltz »), Téphan Meldegg (« Cuisine et dépendances » et « Un air de famille » de Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri), Bernard Murat (« La Terrasse » de Jean-Claude Carrière), Wladimir Yordanoff (« Droit de retour » de Vladimir Yordanoff), Roger Planchon (« Le Génie de la forêt » de Tchékov)…
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ENTRETIEN AVEC ANAÏ DEMOUSTIER
Comment êtes-vous arrivée à interpréter Jeanne, l'adolescente des GRANDES PERSONNES ?
J'ai commencé par passer un essai. Il s'agissait de la scène où Jeanne, mon personnage, se parle seule face à un miroir. Après, j'ai été rappelée pour rencontrer Anna et faire une autre scène d’essais. Puis, nous avons fait une lecture avec Jean-Pierre Darroussin.
Et ensuite ?
Anna m'a parlé un peu du personnage, mais j'ai l'impression qu'on s'est assez vite comprises. Ça a été relativement immédiat. A la lecture du scénario, on cernait bien le personnage. Pour moi, Jeanne est une jeune fille assez introvertie, totalement innocente parce qu'elle est jeune, mais elle n'est pas forcément naïve. Elle a juste un regard complètement neuf sur la vie parce qu'elle n'a vécu que peu de choses. Elle a un vrai attachement pour son père, un réel amour pour lui, bien qu'elle soit incapable de le dire, elle est trop pudique. Je pense qu'elle a dû être élevée de façon assez stricte, ou en tout cas dans un milieu où on ne parle pas de ses sentiments. Elle va se libérer peu à peu durant cet été en observant tout, car elle observe beaucoup. C'est sa force aussi. Elle a un regard sur plein de choses, elle cerne assez finement tout ce qui se passe autour d'elle. Tous ces événements ont un impact sur elle et sur son comportement, petit à petit elle commence à s’ouvrir et à avoir ses premiers émois.
Avez-vous découvert pendant le tournage un aspect de Jeanne que vous ne soupçonniez pas ?
Ce qui m'a surprise, c'est de découvrir à quel point Jeanne était silencieuse. Je me suis aperçue qu'il y avait de nombreuses scènes où les échanges verbaux se passaient entre les adultes. Moi, je suis tout le temps dans l'observation muette, et je me suis rendue compte que c'est très difficile à jouer. Car, lorsque vous n'avez rien à faire en apparence, que vous n'êtes pas du tout dans l'action, le risque est de céder à des automatismes de jeu. Il fallait faire attention. Là-dessus, j'ai appris. Ne rien faire, continuer à rester présente et être juste.
Comment avez-vous procédé ?
Il s'agit d'être à l'écoute en permanence. Etre à chaque prise complètement neuve et revivre à chaque fois la situation au présent. Comme si on n'avait jamais entendu telle ou telleréplique. Il ne faut pas que cela devienne technique. C'est un peu compliqué, et en même temps, je m'aperçois que j'adore les rôles silencieux, les rôles muets car quand il n'y a pasl'usage de la parole, on est vraiment que dans le ressenti.
Vous avez aussi un certain nombre de scènes où vous jouez seule.
C'est comme dans la vie, parfois on est tout seul et c'est très agréable. En même temps c'est agréable aussi d'être avec d'autres gens. C'est pareil avec le jeu, ça me fait plaisir de jouer avec d'autres acteurs, et ça me fait plaisir de jouer seule.Quand elle est seule, Jeanne est vraiment le personnage pur, c'est Jeanne tout court, ce n'est pas Jeanne qui observe quelqu'un, ce n'est pas Jeanne qui doit adopter telle ou telle attitude parce qu'elle se sait observée... Moi, j'aime bien jouer seule aussi. Ça attire, c'est vrai, une certaine complicité avec le metteur en scène. J'avais l'impression qu'Anna me parlait plus pour ces scènes-là. Il était alors très agréable de sculpter précisément, avec elle, le personnage de Jeanne.
Votre personnage est à un âge où l'on ne se comporte pas forcément de la même manière avec ses parents, ici son père, et avec les autres. L'avez-vous abordé de cette façon ?
Avec son père, mon personnage est dans l'écoute. Elle se dit qu'elle doit être disciplinée, qu'elle doit acquiescer, même si, dans sa tête, elle n'est peut-être pas tout à fait d'accord. Mais, pour elle, c'est beaucoup plus simple d'acquiescer. Elle fait semblant de s'intéresser aux obsessions de son père pour les légendes vikings car je pense qu'au fond, elle le prend un peu pour un original, mais en même temps elle est profondément attendrie par lui. Elle a de la bienveillance. Elle n'est pas du tout dans le rejet. Quand elle est avec Christine, que joue Judith Henry, là c'est autre chose. Christine, c'est une vraie rencontre. C'est l'arrivée d'une vraie femme dans sa vie puisque sa mère à elle est absente. Elle découvre une femme, et là, elle est complètement dans l'observation. Elle éprouve même de la fascination. Elle s'identifie à elle, elle se dit : « J'aimerais être ainsi plus tard ». Donc, évidemment le moindre mot, le moindre geste de Christine est observé parce que, tout à coup, ça fait rêver Jeanne qui se projette totalement dans ce modèle de femme.
De la même façon, y a-t-il eu entre vous, toute jeune comédienne, et Jean-Pierre Darroussin, un rapport d'observation, d'apprentissage de votre part ?
J’ai adoré jouer avec Jean-Pierre car c’est un acteur que j’admire, notamment pour sa grande simplicité et sa vraie générosité. Il me semble que le rapport père-fille entre nous s'est installé naturellement. Anna le disait, à la première lecture,elle trouvait que notre lien était évident.
Et jouer entre adolescents ?
Ce qu'il y avait de bien dans les scènes entre adolescents, comme celle où nous sommes tous autour du feu sur la plage, c'est que ce sont des scènes qu'à peu près tout le monde a pu vivre ado. Le fait notamment, quand on est une adolescente, d'être complètement fanatique d'un garçon, et de le voir draguer devant soi une autre fille. Pour cette raison, je trouve que cette scène de drague autour du feu est particulièrement cruelle et me parle à moi en tout cas. Johan et ses amis sont pour Jeanne la découverte de la jeunesse. C’est pourquoi elle se dit qu'il faut absolument qu'elle se fonde dans ce monde-là, que c'est la norme. Mais, au fond, ce n'est pas quelque chose qui la met à l'aise. Elle n'est pas bien du tout dans sa peau avec ces jeunes-là. Je pense même qu'elle le vit comme une souffrance. C’est d’ailleurs une sensation universelle que de ne prendre aucun plaisir à être à un endroit où tous les autres s'amusent, dont ils ont tous les codes, un endroit où vous restez juste parce que vous aimeriez bien être reconnue.
Jeanne est aussi un personnage qui doit forcer sa nature en haussant parfois le ton.
Ce sont des scènes un peu plus difficiles pour ce personnagelà. Il fallait vraiment que ce soit juste car Jeanne n'a pas du tout une nature à hausser le ton, à se révolter, ou à imposer telle ou telle chose. Au moment où elle le fait, il fallait que ce soit justifié. Il fallait que sa colère soit nourrie au fur et à mesure de son histoire personnelle.
Vous connaissiez la Suède ?
Pas du tout. A mon arrivée là-bas, je me suis sentie un peu perdue au milieu de ces vastes paysages, ils se sont par la suite avérés magnifiques et servent vraiment l’esthétique du film. Le plaisir qu’avait Anna à tourner dans un pays qu’elle connaît et qu’elle affectionne particulièrement m’a beaucoup touchée.
Originaire de Lille, Anaïs Demoustier a aujourd’hui 20 ans. Enfant, elle découvre la comédie en prenant des cours de théâtre, et fait ses débuts aux côtés d’Isabelle Huppert en 2003 dans LE TEMPS DU LOUP de Michael Haneke.
L’ENFANCE DU MAL (2008 - Olivier Coussemacq)
LES GRANDES PERSONNES (2008 - Anna Novion)
LA BELLE PERSONNE (2008 - Christophe Honoré)
DONNE-MOI LA MAIN (2008 - Pascal-Alex Vincent)
SOIS SAGE (2008 - Juliette Garcias)
HELLPHONE (2007 - James Huth)
LE PRIX À PAYER (2007 - Alexandra Leclère)
L’ANNÉE SUIVANTE (2006 - Isabelle Czajka)
BARRAGE (2006 - Raphaël Jacoulot)
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ENTRETIEN AVEC JUDITH HENRY
Qu'est- ce qui vous a décidé à accepter le rôle de Christine dans LES GRANDES PERSONNES ?
Avant tout, il y a la rencontre avec Anna. Lorsque j'ai reçu son scénario, je jouais « Kliniken » à Nanterre, une pièce de Lars Noren, un auteur suédois ! J'étais donc déjà en Suède. Anna était venue assister au spectacle. Quand on s’est rencontrées, on a parlé pendant trois heures du scénario, de l’histoire, de sa vie, de ce qu’elle avait envie de faire, de son voyage en Asie dont elle avait rapporté des influences pour les lumières de son film.
Comment avez-vous préparé le film ?
On a fait quelques séances de travail. Pour Anna, les rencontres avec Jean-Pierre Darroussin puis avec Anaïs Demoustier étaient capitales. On a fait quelques lectures ensemble. Il y avait une simplicité dans la façon d’être et puis un engagement immédiat,
comme ça, juste en une lecture.Votre personnage, Christine, apporte une énergie particulière à cette histoire. C'est elle qui apporte la vie, une certaine spontanéité, une nervosité au film. L'avez-vous ressenti ainsi ?
Je dirais que c’est peut-être le personnage qui me ressemble le plus dans la vie. Il est étonnant qu'Anna, que je ne connaissais pas du tout, m'ait proposé ce type de rôle. Auparavant, on me proposait des rôles de femmes plutôt effacées, des personnages très inspirés par LA DISCRÈTE de Christian Vincent, un film qui m'a marquée, ce qui est normal. Or il se trouve que, dans la vie, je ne suis pas du tout comme ça ! Je suis quelqu’un de très énergique, de beaucoup plus affirmé… quelqu'un capable de tout bousculer, de dire les choses, et même de les dire maladroitement. Donc Christine finalement, c'est un peu moi. Je ne me suis pas du tout forcée, je me suis laissée aller et ça m’amusait. Je me disais : « Je suis au bon endroit, pas besoin de trop réfléchir et chercher la composition. » Je voyais bien l’équilibre du film, l’équilibre du personnage, l’équilibre entre les personnages de Jeanne et son père. Moi, j’incarnais le côté explosif. J'avais bien compris à quel endroit j’étais.
Il y a aussi une certaine mélancolie à jouer, une mélancolie que l'on retrouve d'ailleurs dans chacun des personnages du film.
Ce que j’aime aussi dans cette histoire, c'est la possibilité de la comprendre selon plusieurs lectures. On peut y voir un film de vacances avec une ambiance un peu détendue de rigolades, des scènes drôles et légères, et, en même temps, on y perçoit un vrai malaise, quelque chose de poignant qui permet de s'attacher aux personnages. On partage leurs sensations, leurs sentiments. On sait que pour eux, rien n'est gagné.
Le fait d'être mère vous-même, vous a-t-il inspiré pour incarner Christine ?
Cela m'a sans doute aidée pour faire comprendre les relations entre Christine et le personnage de Jeanne qui est adolescente, et, en même temps, il ne fallait pas occulter le fait que Christine n’a pas d’enfant, et qu'à priori, c’est mal barré pour qu’elle en ait. Donc, je me suis effectivement servie un peu de mon côté maternel, mais j'ai surtout développé le côté « éternelle copine ». J’ai quelques amies qui n’ont pas d’enfant… soit par choix, soit par impossibilité, et c’est vrai que j’ai beaucoup pensé à elles pour le personnage de Christine. J’ai donc tendu plus vers ce genre de rapport. Par ailleurs, le fait que Christine n’ait pas d’enfant lui donne une forme d’inconscience et de liberté vis-à-vis de Jeanne et des conseils qu'elle est susceptible de lui prodiguer. Quand on est parents, on est au contraire plus stressés, angoissés, et encore plus pour les enfants des autres. Je pense que le côté un peu fantasque et inconscient de Christine fonctionne bien parce qu’elle n’a pas d’enfant, et qu’elle pense plus finalement, en voyant Jeanne, à sa propre jeunesse, à sa propre adolescence.
C'était la première fois que vous tourniez en Suède ?
Oui. C'était formidable. Tourner à l'étranger pour une équipe, c'est être déraciné, donc livré corps et âme au film, parce que le soir on ne rentre pas chez soi, on ne retrouve pas son quotidien, on reste plus dans la vie du film. Puis la Suède était un pays que je ne connaissais pas. Avec Jean-Pierre, nous sommes allés à la découverte de ce pays, on a été un peu comme nos personnages, finalement. Jean-Pierre était très motivé, il était très heureux d’être là, il avait loué une voiture et il se baladait ; Anaïs au contraire a fini par trouver l'endroit un peu petit, un peu mort. Tout se mettait en place un peu comme dans l’histoire du film.
Vous avez tourné par un été particulièrement froid et venteux...
Effectivement, il n’a jamais fait vraiment beau. On attendait toujours la chaleur en reculant la scène de la baignade le plus possible mais plus on avançait, moins on voyait la possibilité de tourner la scène… Il y avait donc une sorte de tension, qui a servi aussi à l'atmosphère du film.
Et cette scène de baignade ?
La scène de la baignade symbolisait une libération pour le personnage de Jeanne qui regardait Christine, mon personnage, se mettre en maillot de bain et se jeter à l'eau… Mais ce jour-là il y avait un vent incroyable, pas du tout de soleil et l’eau était gelée. Impossible de se baigner. Il fallait faire cette scène autrement. Les dialogues ont alors été changés, et Anna m'a filmée me jetant dans ce qui devait être la mer et qui était en fait hors champ, les bras d'un technicien !
Cet imprévu météorologique a permis en quelque sorte de donner une image allégorique et symbolique à cette scène, et donc au film, tout comme le fait qu'Anna Novion filme les acteurs de dos. Cette façon de tourner vous a-t-elle gênée ?
Pas du tout. Je suis vraiment une interprète autant au théâtre qu’au cinéma, je suis au service du metteur en scène. Il met la caméra où il veut. Et puis ça n’était pas que de dos ! Il y avait aussi, dans les choix de réalisation d'Anna, beaucoup de scènes en plans-séquences. Il y avait des scènes de 5, 6, 7 ou 8 pages, avec beaucoup de dialogues, à jouer dans une surface restreinte. On ne savait pas comment la scène allait être tournée, et ça m’était égal, ce qui était intéressant, c’était le mouvement, la chorégraphie, la façon dont on allait réussir à sortir tous vainqueurs de cette séquence. Faire des plans-séquences c’est très créatif pour un acteur. J’adore. Ça laisse une part de magie, de mystère, d’imprévu. Un côté sans fil, il faut se lancer !
JUDITH HENRY
AU CINEMA
Elle a collaboré comme actrice avec René Allio, UN MÉDECIN DES LUMIÈRES 1988 et TRANSIT ; Christian Vincent, LA DISCRÈTE, 1990 ; Jorge Paixao da Costa, ADIEU PRINCESSE, 1991 ; Lukas Karwowski, NOVEMBRE, 1991 ; Claude Berri, GERMINAL 1993 ; Manuel Poirier, À LA CAMPAGNE, 1994 ; Pierre Salvatori, LES APPRENTIS, 1995 ; Christain de Chalonge, LE BEL ÉTÉ 1914, 1996 ; Jean-Paul Salomé, RESTONS GROUPÉS, 1997 ; Dominique Perrier, AVALER DES COULEUVRES, et LE NOMBRE I, 1997 ; César Campoix, APRÈS TOUT, 2001 ; Richard Dembo, LA MAISON DE NINA, 2004 ; Arnaud des Pallières, PARC, 2007 ; Aurélia Georges, L’HOMME QUI MARCHE, 2007
AU THEATRE
Judith Henry participe à la création de la compagnie Sentimental Bourreau et joue dans tous les spectacles de la compagnie.
« Strip et Boniments » (1990 - d’après Susan Meiselas)
« Les Carabiniers » (1990 - d’après Jean Luc Godard)
« La Grande Charge Hystérique » (1991 - d’après « L’Invention de l’Hystérie » de Georges Didi-Hubermann)
« Va t’en chercher le bonheur et ne reviens pas les mains vides » (1995)
« Satan conduit le bal » (1997)
« Tout ce qui vit s’oppose à quelque chose » (1998 - d’après O.Panizza)
« Les Chasses du Comte Zaroff » ( 2001 - d’après le film du même titre et « Masse et puissance » d’Elias Canetti)
« L’Exercice a été profitable Monsieur » (2003 - d’après Serge Daney)
« Rien ne va plus » (2005 - d’après S.Sweig et G.Bataille)
« Top dogs » (2006 - Urs Widner)
« Al Ta Vil La » (2006 - Lancelot Hamelin, texte mis en espace à Théâtre Ouvert lors de la 3ème session de l’EPAT
Elle a également collaboré comme comédienne avec Robert Cantarella, « Baal » (B. Brecht) 1989 ; Mathias Langhoff, « Macbeth » (Shakespeare) 1990 ; « Sa maison d’été » (Jane Bowles) 1994 ; Michel Deutsch « Imprecation IV » (Michel Deutsch) 1995 et « Imprécation 36 » (Michel Deutsch) 1998 ; André Wilms, « La Philosophie dans le boudoir » (Marquis de Sade) 1997 ; Christophe Perton, « Notes de cuisine » (Rodrigo Garcia) 2001 et « 14 Isbas rouges » (Andrei Platonov) 1999 ; Fréderic Fisbach, « Forever Valley » (Marie Redonnet) 2000 ; Roger Planchon, « S’agite et se pavane » (Ingmar Bergman) 2002 ; Roger Planchon, « S’agite et se pavane » (Ingmar Bergman) 2002 ; Nicolas Bigard, « Manuscrit corbeau » (Max Aub) 2003 ; Bruno Boeglin « Les bonnes » (Jean Genet) 2004 et « Roberto Zucco » (B.M. Koltès) 1991 ; Jean-Louis Martinelli « Kliniken » (Lars Noren) 2007 et « Les Sacrifiés » (Laurent Gaudé) 2004 ; Marcel Bozonet « Jackie » (Elfriede Jelinek) 2006
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